Activité 1 · Manuel pages 138 et 139 · Activité documentaire
La forme de la Terre dans l’Antiquité
Objectif
Calculer la longueur du méridien terrestre pour en déduire le rayon de la Terre.
La question
Comment les savants grecs sont-ils parvenus à estimer que la Terre était une sphère d’un rayon d’environ 6 400 km ?
Première partie
Les documents
Quatre documents à lire dans l’ordre, un encadré de mathématiques et un peu de vocabulaire. Tout ce qu’il faut pour répondre aux cinq questions se trouve ici.
Des premières idées à la Terre sphérique
À la fin du VIIe siècle avant notre ère naît, en Ionie (l’actuelle Turquie), la philosophie grecque : pour la première fois, des penseurs cherchent à expliquer le monde par la raison plutôt que par l’intervention des dieux. Thalès de Milet (vers 625-547 av. J.-C.), qui a étudié l’astronomie en Égypte, se représente la Terre comme un disque plat flottant sur un océan sans limite.
Un siècle plus tard, Pythagore (vers 580-495 av. J.-C.) et ses disciples lisent l’Univers à travers les nombres, les proportions et l’harmonie. Pour eux, la Terre doit être une sphère : le ciel nocturne ressemble à une demi-sphère sur laquelle tournent les étoiles, et la sphère est la forme parfaite par excellence. Cette conviction repose sur une exigence de symétrie : c’est une croyance, non une démonstration.
Platon (428-348 av. J.-C.) reprend l’idée d’une Terre sphérique. Son disciple Aristote (384-322 av. J.-C.) la conserve, mais change de méthode : au lieu de s’en remettre à la perfection des formes, il cherche des preuves dans l’observation et construit une démonstration.
Les preuves d’Aristote
Dans son traité Du Ciel (vers 350 av. J.-C.), Aristote avance plusieurs arguments en faveur d’une Terre sphérique.
- L’ombre de la Terre sur la Lune. Une éclipse de Lune se produit lorsque la Terre s’interpose entre le Soleil et la Lune : c’est donc l’ombre de la Terre que l’on voit avancer sur la Lune. Or cette ombre est toujours limitée par une ligne courbe, quelle que soit l’heure de l’éclipse. Seule une sphère projette une ombre ronde dans toutes les orientations ; un disque plat donnerait parfois une ombre en forme de trait.
- Les étoiles changent avec le lieu. Quand on voyage vers le nord ou vers le sud, le ciel n’est plus le même : des étoiles visibles en Égypte disparaissent sous l’horizon lorsqu’on remonte vers le nord, et d’autres, invisibles là-bas, apparaissent. Sur une Terre plate, tout le monde verrait le même ciel. Comme ce changement est déjà sensible pour un déplacement modeste, Aristote en conclut que la Terre est une sphère, et qu’elle n’est pas très grande.
Ce raisonnement est un raisonnement par l’absurde : on suppose la Terre plate, on montre que les observations seraient alors différentes, et l’on en conclut qu’elle ne peut pas l’être.
L’expérience d’Ératosthène
Au IIIe siècle avant J.-C., l’idée d’une Terre sphérique est admise par les savants grecs ; reste à connaître sa taille. Ératosthène (276-194 av. J.-C.), astronome et géographe, dirige la grande bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte.
Il a lu qu’à Syène (aujourd’hui Assouan), le jour du solstice d’été, à midi, le Soleil éclaire le fond d’un puits profond : ses rayons arrivent à la verticale du sol, et une personne debout ne fait aucune ombre. Le même jour, à la même heure, à Alexandrie, plus au nord, un bâton planté verticalement (un gnomon) projette une ombre.
Ératosthène mesure la longueur de l’ombre du gnomon et, avec les règles de la trigonométrie dans le triangle rectangle, en déduit l’angle entre le gnomon et les rayons du Soleil : β = 7,2°.
- Le Soleil est si éloigné que ses rayons arrivent parallèles entre eux en tout point de la Terre.
- Alexandrie et Syène sont situées sur le même méridien.
La distance entre Alexandrie et Syène
Aucun écrit d’Ératosthène ne nous est parvenu : son calcul n’est connu que par des auteurs plus tardifs, et plusieurs récits circulent sur la façon dont il a obtenu la distance entre les deux villes. Selon le plus répandu, il se serait appuyé sur le temps de trajet des caravanes : un chameau met environ 50 jours pour aller d’Alexandrie à Syène, en parcourant 100 stades par jour. D’autres auteurs évoquent des arpenteurs professionnels, les bématistes, qui mesuraient les distances en comptant leurs pas.
Le stade est l’unité de longueur de référence dans l’Antiquité ; sa valeur varie selon les régions. On retient ici un stade de 157,7 m.
Mathématiques
Angles alternes-internes. Si deux droites (d1) et (d2) sont parallèles, toute sécante forme avec elles des angles alternes-internes égaux.
Longueur d’un cercle de rayon r :
P = 2 × π × rArc et angle au centre. Dans un cercle, la longueur d’un arc est proportionnelle à l’angle au centre qui l’intercepte :
arc / P = angle / 360°Vocabulaire
- Gnomon
- Tige verticale plantée dans le sol ; son ombre permet de repérer la direction des rayons du Soleil.
- Stade
- Unité de longueur de l’Antiquité, équivalant ici à 157,7 m.
- Méridien
- Grand cercle imaginaire à la surface de la Terre, passant par les deux pôles.
- Solstice d’été
- Jour où le Soleil est le plus haut dans le ciel à midi, vers le 21 juin dans l’hémisphère nord.
Deuxième partie
Les questions
Répondez sur la fiche distribuée en classe, par des phrases complètes. Les calculs des questions 4 et 5 doivent être détaillés.
Doc réponse distribué en classePDF, une page à imprimer si vous l’avez perduQuel mathématicien est le premier à imaginer que la Terre est de forme sphérique ? Comment l’explique-t-il ?
Document 1Pourquoi parle-t-on de « rupture » à propos de la démarche d’Aristote ?
Documents 1 et 2Pourquoi Ératosthène peut-il considérer les rayons du Soleil comme parallèles entre eux ? Que peut-on en déduire pour les angles α et β ?
Document 3 et encadré MathématiquesCalculer la distance d’Alexandrie à Syène, en mètres.
Document 4Retrouver le raisonnement géométrique qu’Ératosthène a mené pour estimer que la circonférence de la Terre est proche de 40 000 km. En déduire le rayon de la Terre.
Documents 3 et 4, encadré MathématiquesLa correction
Elle sera mise en ligne après la séance.